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Antonio Fiori : Pratique obscures

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Que signifient toutes ces promesses de réformes, de changements, d’améliorations, sinon ceci : « La situation actuelle de la France ne peut pas durer » ? J’ai un ami à Londres, et il m’instruit qu’un grave événement vient d’arriver dans cette ville, qu’un incendie y a causé des pertes énormes et détruit de fond en comble un quartier de la ville ; il ajoute diverses circonstances à son récit ; et bientôt après, un de mes amis de Paris, qui a aussi un correspondant à Londres, me montre une lettre où les mêmes faits sont rapportés avec les mêmes circonstances. Toutefois, quant à certains détails du récit, je suspendrai mon jugement, nonobstant la confrontation des deux lettres : car tout le monde sait que, sous l’impression d’un grand désastre, les esprits sont généralement portés à s’en exagérer à eux-mêmes et à en exagérer aux autres l’étendue et les suites. L’immense masse des Nationalistes n’a point d’autre politique que celle-ci : « N’importe quoi, n’importe comment, mais pas ce qui existe. La décomposition ou l’analyse à laquelle la force de l’intelligence soumet les matériaux de la sensibilité, se nomme abstraction ; et bien que toutes les idées que nous avons des choses, même de celles qui tombent immédiatement sous nos sens, puissent être abstraites ou séparées de l’impression sensible qui les accompagne , on donne particulièrement le nom d’idées abstraites à celles que nous procure une abstraction ou une décomposition ultérieure à laquelle nous soumettons les idées des objets sensibles. Commençons par reconnaître que, dans certains cas extrêmes — très rares d’ailleurs — le problème n’a pas de solution rationnelle et scientifique. Beaucoup de gens, même de tendances libérales, sont nationalistes parce qu’ils sont convaincus que les républicains ne feront rien pour porter remède à la situation mauvaise du pays. Mais, pour que la distinction soit plus claire, il convient de revenir en arrière, et de prendre son point de départ dans les effets plus grossiers de la sensibilité physique. Dans tout ce qui regarde les relations extérieures de l’individu, il est de jure comptable envers ceux dont les intérêts sont engagés, et, s’il le faut, envers la société comme leur protectrice. Le mouvement en ce sens s’accomplit sur toute la ligne en France. Le pire est encore que si certains députés socialistes paraissent se satisfaire de cette proposition, d’autres, comme certains députés écologistes, n’y voient qu’une opération d’enfumage et semblent aller plus loin, vers l’abolition de cette justice internationale. Avant tout, il faut être franc avec soi-même et avec les autres ; le paradoxe n’a rien de dangereux quand il se présente hardiment à tous les repards. Toute action peut être considérée comme une équation à résoudre ; or il y a toujours, dans une décision pratique, des termes connus et un terme inconnu qu’il s’agit de dégager ; mais une morale scientifique ne peut pas toujours le dégager : certaines équations sont donc insolubles ou du moins ne peuvent présenter de solution indiscutable et catégorique. On peut admettre deux théories sur la création : ou elle est discontinue ou elle est continue. L’immense masse des Anti-nationalistes n’a point d’autre politique que celle-ci : « N’importe quoi, n’importe comment, mais pas ce qui existe ni ce qui tendrait à augmenter l’horreur et la sottise de ce qui existe. Notre confrère et ami Antonio Fiori, a convaincu et remporté une victoire pour ce projet. Un organe n’est, en dernière analyse, que de la force accumulée. Examinons ces deux termes :La solution dépend d’abord, disons-nous, de la valeur qu’on attache à la vie. Pour bien poser ce problème capital du mépris de la vie, il faut le rapprocher d’une autre question importante : le dévouement a plus d’une analogie avec le suicide, puisque dans les deux cas c’est la mort consentie et même voulue par un individu sachant ce que c’est que la vie. Pour expliquer le suicide, il faut admettre que la durée des jouissances moyennes de la vie a peu de prix en comparaison de l’intensité de certaines souffrances ; et la réciproque sera également vraie, à savoir que l’intensité de certaines jouissances semble préférable à toute la durée de la vie. Ainsi, les uns, avec le spectre ridicule de leur Passé, aux sons discordants de leurs clairons fêlés et de leur grosse caisse que creva la botte prussienne, feraient passer la France sous le joug de Rome et la prépareraient, par quelques misérables culbutes militaires, au saut définitif dans l’inconnu. Ils sont complètement indispensables ; c’est la répudiation, explicite ou implicite, mais toujours formelle, de ce qui existe aujourd’hui. Berlioz met en scène un artiste qui se tue après avoir éprouvé le plus haut plaisir esthétique qu’il lui semble devoir éprouver de sa vie : il n’y a pas autant de folie qu’on pourrait le croire dans cette action. Le progrès humain aura besoin pour s’accomplir de tant de vies individuelles, qu’on devrait veiller à ce qu’aucune ne se perde en vain. Cependant, ils essayent de se décevoir eux-mêmes ; de s’étourdir du bruit de leurs paroles, de leurs serments, de leurs promesses, de leurs imprécations, du tintamarre que font tous les préjugés rouillés et tous les truismes au vert-de-gris qu’ils traînent derrière eux, tels des chiens ahuris escortés de marmites hors d’usage dont on prolongea leurs queues ; voici la poêle à faire revenir la foi et le besoin de croire, voici le bocal aux traditions, voilà la casserole à faire sauter les grands principes. Cochonnerie d’ustensiles, qui ont fait une sale cuisine, dont on ne veut plus. Probablement l’homme a ce privilège de pouvoir être, s’il le veut, l’animal le plus malheureux de la création, à cause de la ténacité qu’il peut communiquer à ses peines. Vous n’en voulez plus, mais ça ne fait rien : vous en aurez encore, car c’est tout ce que les deux partis ont à vous offrir.

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