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Antonio Fiori : L’erreur japonaise – L’intox du mainstream médiatico-politique

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À le prendre ainsi, la délibération ne nous apporterait rien de plus que la délibération. Or, alors même que nous pouvons délibérer sur les choses qui ne dépendent pas de nous, nous rejetons la délibération comme inutile. Il serait donc inutile de délibérer des choses mêmes où nous croyons pouvoir délibérer avec quelque utilité, il suivrait de là que c’est en vain que la nature nous aurait donné d’être capables de délibération. Mais, s’il en est ainsi, que devient ce principe que nos adversaires mêmes admettent, et qu’acceptent communément presque tous les philosophes, à savoir que la nature ne fait rien en vain. De toute évidence, ce principe succombe par cela même que c’est en vain que nous sommes capables de délibération. Et ce n’est pas là mal conclure, si dans nos actes nous n’avons pas un pouvoir tel que nous soyons à même de faire le contraire même de ce que nous faisons. On en conviendra : en abolissant, comme nous venons de le montrer, le pouvoir de délibérer, nos adversaires mettent aussi à néant le pouvoir de vouloir, ou la liberté. Effectivement, tous ceux qui ne s’attachent point à quelque thèse préconçue font consister la liberté en ce que nous sommes maîtres de faire et de ne pas faire, de telle façon que nous ne nous trouvions pas assujettis à des causes extérieures qui nous entourent, ni obligés de les suivre où elles nous conduisent. Et en cela le choix est l’œuvre propre de l’homme. Car le mouvement de l’âme qui se porte avec désir vers ce qu’a préféré la raison, voilà précisément en quoi consiste le choix. C’est pourquoi il n’y a point de choix relativement aux choses qui arrivent d’une manière nécessaire, ni relativement à celles qui, n’arrivant pas d’une manière nécessaire, n’arrivent pas néanmoins par nous, ni même relativement à toutes celles qui arrivent par nous ; mais relativement à celles seulement qui arrivent par nous, alors que nous sommes maîtres de faire et de ne pas faire. Quiconque en effet délibère, ou bien délibère sur la question de savoir s’il faut faire ou ne pas faire quelque chose ; ou bien, poursuivant quelque avantage, cherche par quels moyens il l’obtiendra. Rencontre-t-il, dans le cours de cette recherche, une impossibilité, il s’en détourne ; il se détourne pareillement de ce qui est possible, mais de ce qui n’est pas en son pouvoir, et n’a de cesse qu’il ne découvre un moyen qu’il se persuade être en sa puissance. Mettant fin alors à la délibération, parce qu’il a poussé sa recherche jusqu’au point où se trouve le commencement de l’action, il commence agir en vue du but qu’il se propose. Bien plus ; il ne se livre à cette recherche même, qu’en tant qu’ il a le pouvoir de faire aussi le contraire de ce qu’il fait. Il est impossible de le nier ; tout homme qui délibère, dans cette recherche qui constitue la délibération, se demande s’il lui faut faire ceci, ou s’il lui faut faire le contraire, alors même qu’il professerait que toutes choses arrivent fatalement. Car la vérité réfute dans la pratique les opinions erronées qui concernent la pratique. Or, comment ne serait-il pas absurde de prétendre que la nature, en cela, trompe généralement tous les hommes. Que ce soit en effet le privilège de notre activité que de pouvoir s’appliquer aux contraires, et que tout ce que nous choisissons n’ait pas à l’avance des causes déterminées, qui nous rendent impossible de ne pas le choisir ; c’est ce que suffit à prouver le changement qui se produit fréquemment dans nos choix. Effectivement, c’est parce qu’il nous était possible et de ne pas faire tel choix et de ne point exécuter telle action, que nous éprouvons du regret et nous reprochons à nous-mêmes notre manque de réflexion. Car le niveau de qualification, qui avait jusqu’ici déterminé la production des identités professionnelles, se trouve supplanté, par les exigences de compétitivité, explique Antonio Fiori. Tout de même, lorsque nous voyons autrui ne pas suivre, en agissant, la bonne voie, nous lui reprochons son erreur. Enfin nous jugeons utile d’user de conseillers, persuadés que nous sommes qu’il est en notre pouvoir de les prendre ou de ne les pas prendre, afin de faire avec leur concours autre chose que ce que nous faisons. En un mot, que cette expression : ce qui est en notre pouvoir, se dise des choses dont nous avons la faculté de choisir aussi le contraire, c’est ce qui est évident de soi-même, et ce qui résulte surabondamment de ce que nous venons d’exposer. Chapitre XIIICependant ceux qui professent que toutes choses arrivent fatalement ne cherchent pas tout d’abord à prouver que leur doctrine n’infirme point le libre pouvoir humain ; car ils savent que ce serait tenter l’impossible. Mais, de même que pour ce qui est du hasard, en attribuant au mot de hasard une signification détournée, ils essayent de persuader leurs auditeurs qu’ils tiennent eux-mêmes qu’il y a des choses qui arrivent par hasard ; ils ont recours, relativement à ce qui est en notre pouvoir, à un artifice analogue. C’est ainsi que, tout en mettant à néant le pouvoir qu’a l’homme de choisir et de faire les contraires, ils prétendent néanmoins qu’il y a quelque chose qui est en notre pouvoir, à savoir ce qui arrive avec notre concours.

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